Le Sénat sur la toile

La transparence démocratique, ça vous parle? Savoir ce que fichent nos députés et sénateurs à longueur de mandature, et pas seulement en période électorale, ce serait intéressant, non? Intéressant, mais (curieusement) pas si facile. Pourtant, le site de l'Assemblée nationale met à disposition des tas de données publiques: textes de loi, amendements, interventions en commission ou en hémicycle, questions et rapports parlementaires... Mais avoir toute cette littérature en accès libre, ça ne la rend pas forcément intelligible.

Fin 2009, un collectif de (jeunes) citoyens, qui avaient essayé de suivre les débats parlementaires et en avaient conçu une certaine frustration, ont décidé d'utiliser toutes les possibilités des technologies de l'information pour améliorer «la diffusion et le partage de l'information politique». Ils lancent alors le site NosDeputes.fr qui agrègent des informations publiées par l'Assemblée ou le Journal officiel et les rend accessibles à tous. On peut aussi consulter le champ lexical d'un projet de loi, les questions soumises par un député ou son taux de présence en commission –   comme l'ont appris à leurs dépens messieurs Soisson, Depierre et Montebourg, épinglés pour leur absentéisme parlementaire.

Mais il ne s'agit pas seulement de surveiller ou de pointer du doigt les insuffisances de nos représentants, ce site a également été créé pour faciliter la médiation avec les citoyens, favoriser la compréhension de la prise de décision politique et commenter les projets de loi en cours ou les amendements. Et comme toutes ces données publiques sont dans un format réutilisable, on peut leur appliquer d'autres traitements automatiques, les présenter ou les exploiter différemment.

L'an dernier, à partir des rapports parlementaires de la législature actuelle, le collectif a utilisé la puissance du travail collaboratif pour identifier et mieux connaître les lobbyistes qui interviennent à l'Assemblée. Un millier de rapports ont été passés en revue grâce à l'aide de 3000 internautes. Lors de la publication de l'étude, en mars 2011, plus de 16000 personnes avaient été recensées, très loin devant les 120 «représentants d'intérêt» inscrits au registre officiel de l'Assemblée nationale. Y a encore du boulot pour la transparence!

Dans la même lignée, le site NosSenateurs.fr vient d'ouvrir. Selon la première analyse «les sénateurs sont plus bavards en hémicycle, plus présents en commission et votent plus d'amendements de l'opposition que leurs collègues députés». Histoire à suivre…

Jack Kernel

Chronique publiée dans Charlie Hebdo n°1006.