Hadopi

On connaît la loi Hadopi, inspirée par l’ancien patron de la FNAC, votée à la sauvette par quelques députés godillots en 2009 et qui instaure la si délicieusement nommée «riposte graduée» contre les internautes soupçonnés de partage, pardon, de téléchargement illégal. Rappel à l’ordre, puis envoi d’une lettre d’avertissement et enfin, en cas de récidive, coupure de la connexion Internet. L’Hadopi est une absurdité doublée d’une saloperie. Le savoir se répand d’abord par la copie, et le téléchargement n’empêche pas la vente de CD, de DVD, ni l’achat de places de concert (de plus en plus chères, d’ailleurs…). Rencontrant une opposition sérieuse à l’Hadopi, et conscient que la propagande ne marche jamais aussi bien que lorsqu’elle touche les plus faibles, le gouvernement se tourne vers une cible idéale: les enfants. Sera donc ajouté au brevet informatique et Internet (B2I), qui valide les compétences numériques acquises par les élèves, un volet sur «l’importance de l’apprentissage d’un usage responsable de l’Internet». En parallèle, un portail dédié à l’Internet « civilisé », que Sarkozy appelle de ses vœux, sera mis en place. L’Internet civilisé, c’est respecter le racket des majors de la production. Espérons que les professeurs sensibiliseront plutôt les élèves aux vertus des licences libres (appliquées aux logiciels, aux contenus culturels…). Ces licences sont la seule vraie réponse aux enjeux du partage de la connaissance et sont naturellement amenées à s’unir au monde éducatif.

Jack Kernel

Chronique publiée dans Charlie Hebdo le 11 mai 2011.