Hadopi

Le mois dernier, Frank La Rue, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à la liberté d'opinion et d'expression, a publié un rapport sur les politiques relatives à internet. Ses conclusions sont sans appel: les États, tous les États, devraient abroger les lois permettant de suspendre l'accès à internet en cas de violation des droits d'auteur. Il est indispensable et fondamental de protéger la liberté d'expression.

Que voilà un gros caillou dans le jardin de la Hadopi! La haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protections des droits sur internet, tellement fière de sa riposte graduée (sur le modèle de la doctrine McNamara pendant la guerre froide, on appréciera la comparaison), prône en effet la coupure de la connexion internet du méchant internaute récidiviste. Ce rapport demandant l'abrogation pure et simple de la loi Hadopi fait un peu tache en plein lancement de la nouvelle campagne publicitaire de la haute autorité et la mise en place du logo PUR (!) pour la Promotion des Usages Responsables. Il est assez jouissif d'ailleurs de consulter la masse immédiate de pastiches et détournements de ces deux campagnes. La Hadopi a un mérite, elle aiguise le sens critique des internautes.

Plutôt que le recours à la répression, le courage politique serait de remettre à plat le système régissant les relations entre les créateurs et le public. Le droit d'auteur est inadapté au monde numérique: avant qu'il ne soit définitivement rejeté, il est urgent d'étudier sérieusement toutes les pistes possibles permettant une juste rémunération des créateurs et le respect des usages légitimes du public.

Jack Kernel

Chronique publiée dans Charlie Hebdo du 13/07/2011.