Il n'y a de dieu que web et internet est son prophète

Il y a un peu plus de vingt ans naissait le Web. Pas l’Internet, créé vingt bonnes années avant, mais le Web, ses applications, ses sites perso qui clignotent de partout, ses vitrines de société avec deux pages d’infos et une adresse postale parce que bon, le réseau c’est bien sympa, c’est in, mais y a pas grand monde dessus, ça coûte cher et ça rame...

Vingt ans, à l’échelle de l’humain, ce n’est rien  ; à l’échelle de la technologie, c’était il y a un siècle.

Finalement, on y a gagné quoi  ?

Les échanges sont plus rapides, plus faciles… Et quels échanges… Ça, on peut dire que maintenant la connerie voyage à la vitesse de la lumière. La capacité de réflexion est à peu près inversement proportionnelle à la vitesse de transmission, autant dire infinitésimale. Les junkies des réseaux sociaux pataugent dans l’info, n’importe quelle info, un gazouilli chassant l’autre (rien qu’avec le mot «  gazouilli  », t’as tout compris).

Bon, ça c’est le côté obscur de la force.

Parce qu’on a quand même gagné l’horizontalité des échanges, on communique de pair à pair, on commente, on analyse, en dehors des sentiers balisés de l’info, loin d’un centre dominant qui distille à la télé et à la radio la voix de son maître. Le net n’a rien inventé socialement mais a permis à des structures sociales, des relations sociales de se développer, il a permis d’être à la fois consommateur et producteur/acteur.

Qu’on le veuille ou non, l’internet touche tous les secteurs de la société, on ne reviendra pas en arrière. Peu importe pourquoi a été conçu Internet, le Web ou tout autre outil numérique, l’important est l’appropriation de la technologie et son «  hack  » éthique. User de son intelligence pour détourner l’outil et en faire autre chose que ce qui était prévu à l’origine. Certains vont persister à vouloir imposer des limites, des outils de contrôle, réduire l’Internet à un support commercial ou à une plateforme de jeux (panem et circenses, rien de neuf sous le soleil), mais d’autres vont se battre pour leurs valeurs (printemps arabe, lutte contre la censure…), d’autres encore pour construire collectivement (logiciel libre, Wikipédia, base de données cartographiques libre comme OpenStreetMap, le co-design dans lequel le client participe à la conception des produits et des services, le crowdsourcing ou la coopération d’un grand nombre de personnes pour résoudre un problème…).

Il ne faut pas rester passif dans l’édification de notre vie numérique, sinon on laisse les corp. et des acteurs comme Facebook et Google non seulement la construire à notre place mais la gérer selon leur intérêt à eux. Et curieusement, ami lecteur, leur intérêt c’est plutôt de t’éviter de réfléchir. Mais n’est-il pas essentiel que l’on prenne le temps de cerveau nécessaire à comprendre comment fonctionnent les outils qui régissent de plus en plus notre existence ?

Internet ne met pas en relation des ordinateurs mais des êtres humains. Il sera ce que nous en ferons.

Jack Kernel, texte publié dans le hors-série "1992-2012 - Charlie Hebdo - 20 ans" page 32.

Note : le titre de l'article a été choisi par la rédaction.